Lieutenant Jean-François LE BLAY

Publié le par Bernard Veys Germe Morbihan

Maître de manège, instructeur d'équitation et commandant du 1er peloton du 1er escadron du régiment de cavalerie de la garde républicaine.
  

Ma complicité avec les chevaux de la garde républicaine est un kaléidoscope d'expériences qui durent maintenant depuis trente ans.
Le cheval m'a apporté et continue de m'apporter beaucoup sur plusieurs plans. D'abord pour mon développement personnel, ensuite dans la prise d'expérience nécessaire à parfaire mon relationnel, et enfin dans la mise en place d'un management humaniste des personnels placés sous mes ordres.

Mon activité professionnelle équestre s'est caractérisée par un ciblage simultané des dimensions protocolaire ou de sécurité publique à cheval mais aussi de celles sportives,  et culturelles. Toutes  ont concourues largement à mon développement personnel.
Le premier constat à faire au contact du cheval c'est qu'il ne vous juge pas, c'est en quelque sorte une relation miroir qui s'établit avec lui où vous pouvez être vous-même et découvrir grâce à ses réactions qui vous êtes.

lieutenant-jean-f.pngCette relation homme-cheval a bien d'autres vertus en vous obligeant à accepter sa différence et son mode de fonctionnement basé sur l'instinct de fuite. Vous qu'il considère à juste titre comme un prédateur vous devrez pour travailler avec lui en toute sécurité l'écouter, l'observer puis le comprendre. Il vous obligera à laisser le « temps au temps ». Cette situation nouvelle pour l'homme pressé moderne révélera également à ce dernier le juste dosage émotionnel afin de mieux communiquer avec cet être sensible.

Le cheval vous fera découvrir la toute-puissance du langage du corps le fameux « body-langage » que vous utilisez déjà inconsciemment lors de toute prise de contact avec autrui. Il établira rapidement  avec vous un lien social car c'est d'un rapport de mammifère à mammifère dont il s'agit avec toute sa gamme de sentiments réciproques comme la crainte, le respect, la confiance et l'amour.

Lorsqu'un bon niveau de dialogue existera, il sera temps d'entreprendre œuvre commune. En effet, votre cheval, tout comme vous, a besoin de se sentir utile, d'avoir un but, une mission, un métier. Lorsque cette mission donne le sentiment à l'homme et à sa monture de concourir à un même but, la relation devient partenariale et ne se limite plus à celle exclusive de dominant à dominé. Les deux acteurs seront donc heureux s'entraidant l'un l'autre, devenant précieux l'un pour l'autre.
Le cheval prend une identité particulière pour celui qui le monte et le comprend, il s'ensuit naturellement un attachement réciproque très fort.
C'est ce dernier sentiment que j'observe entre la majorité des gardes républicains et leurs montures et que j'essaie de faire naître chez les nouvelles recrues homme ou cheval.

lieutenant-jean-f.pngParfois ce niveau de complicité peu atteindre dans certaines circonstances, notamment dans la pratique sportive, un niveau de symbiose qui permet à un couple homme cheval de fusionner dans un même creuset. On assiste, admiratif, à la « centaurisation » du couple bienheureux...Cette fusion permet aux deux acteurs d'exprimer au travers de leurs maîtrises techniques leurs propres personnalités artistiques. Ici débute l'équitation faite de gestes d'intention où il suffit que le cavalier pense à un mouvement pour que son cheval s'exécute. Cette connivence peut également naître dans un équipage, une équipe soudée pour arriver au même but où chacun reconnaît à l'autre ses particularismes et ses compétences.

Dans le management des équipes, le cheval m'a toujours aidé à décrypter les aptitudes physiques, émotionnelles et relationnelles de mes élèves ou personnels bien plus vite qu'en situation ordinaire. Le  « scan » des personnalités est rapide et le plus souvent fiable, d'ailleurs on l'utilise maintenant dans le monde de l'entreprise pour certaines formes de recrutement.

Le cheval exacerbe l'ensemble des actions-réactions dans la relation. C'est bien pour cela qu'il est fructueux, grâce à lui, d'organiser des incentives où les stagiaires progressent seuls ou en groupes lors d’exercices d'influence, d'autorité ou de projet en commun.

Je terminerai en disant que la grande majorité des chevaux exigent de nous un management où le leader-chip  se doit d'être crédible et digne de confiance, à cette condition l'amour d'un cheval n'est plus chose négligeable dans la vie d'un homme. La gouvernance des hommes n'en exige pas moins...

Lieutenant Jean-François LE BLAY

Publié dans Avis d'experts

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