Annick et Kali

Publié le par Bernard Veys Germe Morbihan

Les chevaux dans notre vie…

Comme l’être humain, chaque cheval est différent, ne serait-ce que par sa race.
Ensuite, viendront s’ajouter son cadre de vie, ses activités, son propriétaire et ceux qui participeront à sa vie.
Pourtant, le même cheval sera différent selon ce qu’il fera et avec qui il le fera. J’en prends pour exemple Kali, ma « bonne » jument, qui, avec nous, faisait de l’équitation et de l’attelage.
Quelle différence dans son comportement pour l’une ou l’autre de ces disciplines.
Cela commençait dès le box.
Pour l’équitation, le toilettage se faisait à l’intérieur alors qu’on le faisait à l’extérieur quand nous la préparions pour l’attelage.
Là, déjà, elle comprenait.Et, c’est devenu évident avec le temps : plus fière quand elle « sentait » la voiture… C’est « majestueuse » qu’elle sortait de son box, tête relevée, oreilles dressées, œil pétillant.
Une fois harnachée et attelée, elle faisait alors la différence par rapport à celui qui tenait les guides. Le professeur ou le débutant, elle n’avait pas besoin de se retourner pour vérifier, elle « sentait ». Et, bien évidemment, elle agissait différemment. Non, elle ne privilégiait pas l’élève, au contraire… elle savait parfois lui réserver un « mauvais » coup. Rien de grave, mais une résistance à quelques demandes ou de la précipitation quand il fallait avancer lentement. Elle testait, tout simplement.
Puis, quand nous avons commencé à participer à des concours, elle a très vite compris ce que l’on attendait d’elle. Le parcours d’orientation ou le parcours en terrain varié : elle s’adaptait, elle obéissait. Et, surtout, je pense, elle s’amusait…
Elle avait compris le passage entre les barres, la traversée du gué, le demi-tour, le reculé, les différents obstacles…Mais, bien sûr, il fallait lui donner les bons ordres, bien la guider.
Le gué, elle adorait. Il fallait alors la pousser, pour qu’elle ne s’y arrête pas, mais pas trop pour qu’elle ne passe pas à l’allure supérieure. L’arrêt lui plaisait aussi, pieds bien au carré, tête relevée…Des moments extra !
C’est dans ces moments là que l’on comprend combien le respect de l’animal est important ; il nous le rend bien.
Nous l’avons compris mieux encore lors d’un concours d’endurance. Dans cette discipline, le temps mis à faire le parcours était important, mais il était tenu compte, pour le classement, de la récupération cardiaque du cheval. Et nous voilà partis, le cœur léger. Les kilomètres se succèdent, le temps passe et, bientôt, nous arrivons au but. Kali, elle, trottait à son aise, allure régulière. Nous avons bien essayé de la pousser un peu, histoire de gagner quelques minutes au chrono.Non, elle continuait à son rythme…
Passage vétérinaire obligatoire dix ou quinze minutes après avoir franchi la ligne d’arrivée. On la désaltère, pas trop, on la fait marcher tranquillement et on passe sous les yeux experts du docteur.
En temps, nous n’étions pas les meilleurs mais au classement, nous étions les premiers ! C’est son allure paisible et tranquille qui a fait toute la différence et nous a offert la coupe !
Merci, Kali.
C’était un peu la même chose quand on la montait. D’ailleurs, comme elle était un peu « mémère » et très placide, c’est souvent elle qui était donnée aux débutants. Il lui arrivait alors d’en profiter : s’arrêter, couper les coins, faire ce que bon lui semblait…. Parfois difficile quand on la prenait ensuite ; il fallait la surveiller, la remettre sur le droit chemin. Et si c’est Anne-Sophie qui la montait, alors, là, elle ne « bronchait » plus, attendant les ordres de sa cavalière, réagissant à la moindre demande. C’était Kali !
Lors de certains cours d’équitation, on faisait quelques jeux. Très vite, elle comprenait ce que l’on attendait d’elle ; un simple mot et elle démarrait.
Il n’y a qu’une chose qu’elle n’aimait pas : le saut d’obstacle !
Mais à vrai dire, elle n’était pas bâtie pour cette discipline. De mon côté, ce n’était pas ma préférence. Quelque part, on se comprenait…
Très vite, un langage s’installe entre l’animal et l’homme.
Avec elle, nous avions l’habitude non seulement de lui parler, mais aussi de lui envoyer une sorte de sifflement auquel elle répondait avec une certaine rapidité.
Après l’avoir vendue, je suis allée la revoir. Elle était dans une prairie avec un autre cheval. A son nom, elle a tout de suite réagi, levant la tête, bougeant les oreilles, se dirigeant dans ma direction. Quand j’ai sifflé, c’est au galop qu’elle est arrivée, bousculant son compagnon de prairie pour arriver plus vite. Le nouveau propriétaire n’en revenait pas : "Je dois toujours l’appeler plusieurs fois pour qu’elle bouge".
Et puis, parler n’est pas toujours nécessaire. Le cheval comprend et interprète les silences, les non-dits.
Il m’arrivait parfois, bien fatiguée après une dure journée de boulot, de ne pas être en grande forme pour la leçon d’équitation. Une simple caresse suffisait ; elle savait qu’il faudrait y aller doucement, qu’il faudrait être sage.
Elle savait aussi qu’elle serait récompensée : carottes, pommes, bonbons… il y en avait toujours dans l’une ou l’autre poche, dans un sac que l’on déposait, en arrivant, au bord du box. Elle savait qu’il fallait attendre la fin de la reprise ou de la balade pour y avoir droit. Et, si ça trainait un peu, alors elle se servait, la tête plongée dans le sac ou les naseaux au bord de la poche et l’œil pétillant elle savourait la douceur convoitée.
Quant au pansage après l’exercice, c’était un autre plaisir. On sentait en la brossant ou en la douchant qu’elle appréciait. Juste retour des choses…
Mais, toujours, le « repos » et le confort du cheval avant celui du cavalier
Après mon opération du genou, je tenais à remonter, ne serait-ce qu’une fois. Le défi était lancé. Après deux petits essais de quelques minutes, sans le moindre problème, je décide, dans les jours suivants, de me faire plaisir et de la monter plus longuement. Une heure de bonheur ! Oui, Kali et moi avons « travaillé » pendant une heure ; elle répondait à mes moindres signes, elle réagissait au plus petit coup de talon. Pas, trot, galop, transitions, cessions, figures, tout y est passé, ou presque…
Les autres cavaliers et le moniteur n’en revenaient pas. Jamais nous n’avions été aussi complices, en accord presque parfait, en… osmose… Celles et ceux qui nous ont regardées m’ont avoué ensuite : on n’aurait pas pu dire laquelle était la plus heureuse de vous deux… tout était dans le regard, de l’une comme de l’autre…
Merci, Kali.
Cette fois là, heureuse, en descendant, j’ai su que je ne la monterai plus.
Je tenais à rester sur une telle complicité, un si grand bonheur pour les deux.
Et s’il m’arrive de la « regretter », je pense à ce qu’elle m’a apporté, à tout ce qu’elle m’a donné. Elle m’a fait grandir. Elle m’a appris le respect, l’humilité, mais aussi la volonté et le dépassement de soi sans écraser l’autre…
Belles leçons de vie que nous donne ce noble animal !
 

 

Annick et Kali

Publié dans Témoignages

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